Ce…
…que j’aime, moi, dans la vie, c’est l’alternance. En gastronomie comme en tout.
La douche froide après un bain brûlant, les jours de soleil après l’hiver, le doux après l’amer, le très chic après le très
rustique… Ca évite la lassitude et on apprécie plus l’un, si l’on a déjà bien savouré l’autre.
Après le bourgeois Marius, il serait bien me
disais-je, de se frotter au populaire d’un bon bistrot. Ce soir là Princess A, son mari, mon fiancé et moi, nous étions donnés rendez vous au vernissage d’une belle exposition d’Albert Watson,
grand photographe. Pas d’alternance ou de diversité en ce qui concerne la faune présente, elle était d’une grande uniformité, plein de bobo parisiens, de filles court vêtu et de garçons aux
cheveux ébouriffés comme je les aime. Une foule compacte se pressait dès le trottoir, vers un point précis, à l’intérieur de la galerie, le buffet. Ensuite un long couloir de verres dressés se
mouvait lentement le long des murs, formait une boucle et repartait vers la sortie où l’on croisait les entrants, les mains encore vides. Nous avons donc suivi le serpent, distribué quelques
bisous sonnant, adressé de loin de petits signes de la main, puis comme les autres, nous nous sommes retrouvés dans la rue, 21h00 passées en se demandant où aller dîner. J’avais prévu le coup
évidemment, j’ai donc sorti mon joker : L’os à Moelle ! Avec un nom pareil j’étais sure de convaincre au moins les garçons.
Encore un bistrot du 15ème arrondissement,
encore un dont tout le monde parle, encore un ancien d’une grande maison, le Crillon, bref encore un vrai cuisinier, un vrai chef. Direction porte de Versailles ou presque, rue Vasco de Gama,
autant dire le désert de Gobi. Arrivée vers 21h45, ce qui ne pose pas le moindre problème existentiel au patron qui sert jusqu’à 23h00 et commande immédiate d’un Beaumes de Venise, avant même
de consulter la carte et d’apprécier le lieu.
Bon, on peut le dire, la salle est assez
laide avec ses murs jaunes violents et sa déco qui hésite entre le méditerranéen et le n’importe quoi. Mais on a à peine le temps de la détailler, qu’on vient nous présenter la carte, et
là soudain mon ciel intérieur s’obscurcit, la formule 4 plats est obligatoire !
Dîner tard, ma nouvelle religion nourrie des lectures
de la presse féminine de l’été, me l’interdit. Je fais évidemment des exceptions mais bon, en plus avec des plats de bistrot et une formule destinée à vous gâver, non, là, franchement, j’ai
soudain des doutes sur mon choix. Je sens le regard noir assassin de Princess A qui me chauffe, et je me dis que je vais devoir courir deux tours de Champs de Mars en plus le lendemain pour
digérer la chose. Mais, très aimable, le patron accepte cependant que les filles puissent ne prendre qu’un plat. On respire…
Je regarde attentivement
l’ardoise, je constate que pour chaque plat, il y a au moins deux alternatives appétissantes, et là, lâche que je suis, j’abdique, je jette l’éponge, et je prends… TOUT ! La suite des
4 !
La petite salade, le rouget, la hampe de bœuf
et les mirabelles rôties avec la glace au fromage blanc, j’ai tout pris, et même gouté le foie gras de the « G ». C’était formidable ! Les bonnes proportions, une présentation
sans chichi mais raffinée, des assiettes jolies comme tout, des produits de grande qualité (notamment du bon pain) et un service pas toujours très chic « Msieurs/Dames », mais plein
de gentillesse, le tout pour 40 euros.
Après le charme désuet de Marius la semaine dernière,
je voulais du vrai bistrot. Je l’ai eu certes, pour la forme, mais dans le fond, cette cuisine là, c’est une vraie cuisine sophistiquée et très moderne, bien plus que la déco du lieu ne le
laissait supposer.
Sur le trottoir d’en face une bande de
joyeux lurons avait l’air de bien s’amuser dans l’adresse sœur « La cave de l’Os à Moelle ». Renseignement pris, il s’agit de la même cuisine, avec une formule buffet et table d’hôte.
A entendre les rires qui s’en échappent, on s’est promis de revenir.
3, Rue Vasco de Gama, 75015
Paris
Tel : 01 45 57 27 27