Rentrée…
…lundi après midi de Hong Kong, j’ai pris le train de la semaine en cours sans respirer, pour la finir comme je l’avais
commencée, en apnée. Je n’ai pas beaucoup vu mon fiancé. Le pauvre « G » commençait tôt pour finir tard, nous nous sommes juste croisés, l’un sortant de la salle de bain lorsque
l’autre voulait s’y rendre. Tous les deux très concentrés sur notre quotidien-boulot-bureau, lui pour faire en sorte que ça se passe mieux, moi pour faire en sorte… que je m’en sorte !
Même si ma parenthèse chinoise m’avait donnée un peu de hauteur pour aborder ma situation, il n’en reste pas moins que je suis dans une drôle de situation professionnelle et qu’il faut que je
la règle.
Aussi, dès jeudi je me suis mis à
penser au dîner du vendredi soir qui marquerait nos retrouvailles amoureuses. Objectifs : Tout lâcher, laisser, lui à Saint Denis, moi à Boulogne, nos dossiers, nos soucis et nos mails,
courir à la maison, sauter dans un jean et des mules à paillettes avant de filer sur la guêpe pour enfin se retrouver. Après les longues et trop nombreuses journées de pluies et de froid, une
belle soirée était enfin annoncée, il me fallait donc une jolie terrasse, romantique et aérée, et une cuisine qui évoque le soleil et les vacances. Nous étions convenus que dans la matinée, je
lui soumettrai quelques suggestions, le choix fut rapide, nous nous sommes décidés pour le Pavillon Puebla aux Buttes Chaumont, un italien, malgré quelques réticences du G, qui avaient lu
plusieurs critiques plutôt mitigées.
L’airétait tiède, Paris commençait à se
vider sérieusement et notre quartier quadrillé par la police, semblait être en état de guerre, entre l’armée en pleine campagne de recrutement aux Invalides et Polnareff au Champs de Mars,
mieux valait fuir.
Il est très beau ce parc des Buttes. J’ose le
dire, je n’y avais jamais mis les pieds. Il est surprenant avec ses mini collines, ses rochers et ses chemins escarpés. Pour accéder au Pavillon Puebla, on franchit la petite grille, avenue
Simon Bolivar, on emprunte une allée et on tombe sur ce drôle de pavillon, un brin désuet qui a du connaitre ses heures de gloire au temps où dorures, drapés et colonnes doriennes en stuc
étaient de mise. Vincent le patron (oui, oui, le Vincenzo du 19ème ) a posé ses casseroles là, au milieu des rideaux qui s’effondrent, de tapis jetés à la hâte, de tables
brinquebalantes et de fauteuils très « vintage », un simili d’osier en plastique blanc avec coussins verts dans une précédente vie. C’est décadent à souhait et finalement ça a du
charme.
Les débuts cependant auraient du nous
alerter. Nous sommes entrés… coup d’œil à droite, coup d’œil à gauche, ballet de serveurs et serveuses mais personne pour nous demander si nous étions les livreurs de fleurs, le plombier et sa
fiancé ou un nouveau duo de cuisiniers. Il m’a fallu alpaguer en douceur une personne qui finit par nous conduire comme à regret à notre table. On s’est installé sous les arbres pour déguster
un verre de rosé en attendant la suite. Nous étions si contents de nous retrouver là et de nous parler. Ah oui parce qu’il a fallu beaucoup parler pour éviter l’incident diplomatique avec the
G. Car une heure plus tard, nous n’avions toujours pas notre entrée… Bon, revenons au menu. Plusieurs « formules » de 35 à 50 euros, proposant jusqu’à 5 plats (Salade + pizetta +
aubergines + carpaccio + pates. A raison d’une heure par plat, ça peut être TRES long…) Je hais les formules. Sus aux formules. On se croit obligé de tout manger et on ressort avec l’estomac
qui traîne par terre. J’optai donc pour une formule simple à 40 euros tout de même, avec salade à la mozzarelle et pièce de bœuf grillée, mon fiancé opta pour une formule plus riche avec
salade, carpaccio et pâtes ail et piment.
La salade nous réconcilia presque avec le
lieu. Une chiffonnade d’herbes coupées très fines, un mélange de roquettes, persil, basilic, ognons, tomates et mozzarelle. C’était frais, croquant et fort en goût. Hélas, il s’écoula encore
bien 20 minutes avant de voir arriver le carpaccio et puis encore 20 autres avant la pièce de bœuf et les pâtes. Hélas encore, ma pièce de bœuf était 1000 fois trop cuite, je la renvoyai donc
gentiment mais elle revint à peine moins calcinée, je me suis alors rabattue sur les pâtes ail et piment qui l’accompagnaient, effectivement très bonnes, mais le cœur n’y était plus.
S’ajoutent à ça les jérémiades d’une bonne partie de la salle qui craquait… et celle de notre serveuse, une fille très lascive qui pliait sous le poids de la tâche. Quant au tiramisu, la note
finale, il était trop biscuité, il lui manquait l’épaisse couche de mascarpone qui vient fondre délicatement dans la bouche, et sans les glaces qui l’accompagnaient, je crois que je ne l’aurais
pas terminé.
Alors,
voila, nous sommes repartis bien déçus, (délesté de 140 euros à deux, une somme pour ce genre d’expérience, non ?)
et pour nous consoler, nous nous sommes embrassés comme des adolescents dans les allées sombres du Parc en repartant chercher la guêpe.
Peu de temps avant notre départ vers 23h30, une grande tablée est arrivée. Des garçons bruns aux cheveux longs et des beautés aux jambes dénudées se sont installés et je me suis dit
qu'ainsi c'était surement mieux. Quand on est nombreux, peu importe l'attente et la cuisson. On discute, on rit, on boit, on mange et on apprécie le vent dans les arbres.
Le Pavillon Puebla
face au 43 avenue Simon Bolivar, 75019
01 42 02 22 45